L'oraison, prière intérieure

 

 

PRIER AU TCHAD

Père Jacques Pomez

 

Tchad

originaire de Marseille, fait partie des Oblats de Marie Immaculée. Il est missionnaire au Tchad, près du Cameroun. De passage en France, à l’occasion d’un congé, il a bien voulu parler de son expérience.

- Peux-tu dire comment tu pries ?

Ma prière, c’est d’abord celle des psaumes, qui sont un aliment très fort. Voici comment je célèbre avec « Prières du Temps Présent ». Je ne lis pas seulement avec les yeux. Je dis le texte à haute voix. C’est important. J’aime fredonner en mettant le ton, même si je chante seul. C’est une manière qui aide à prier les psaumes. Lire seulement avec les yeux est insuffisant. Quant on utilise la voix en mettant le ton, la prière passe aussi par la voix.

- En dehors de l’office et de l’Eucharistie, as-tu des moments de méditation, d’oraison mentale ?

Oui, il faut donner à Dieu son temps. Je ne dois pas me contenter d’une prière diffuse dans la journée, même si cela existe. Il faut aussi prendre un temps de prière matériellement parlant.

J’ai parfois cette comparaison : pour que le fer rougisse, il faut qu’il reste longtemps, longtemps dans le feu. Si on l’enlève tout de suite, rien ne se fera. Mais s’il reste longtemps, à la fin il rougit, il est transformé. C’est pareil pour nous. Si nous restons longtemps assis à méditer, même si c’est aride, même si rien ne vient à la tête, il faut rester. Et alors, quand on a fait cet effort, il serait étonnant que l’Esprit ne vienne pas en nous et nous révèle quelque chose sur le texte que l’on est en train de méditer. Pour moi, ce contact avec le Seigneur est fondamental pour tenir la vie que je mène parmi les gens.

Mais il y a le problème du temps. En Afrique, il est très difficile d’être vraiment seul. Il faut prendre ses dispositions. Donc, le matin, à la première heure, dès qu’il fait jour, il faut donner à Dieu son temps.

La veille, dès que je reviens de la « promenade », c’est-à-dire de voir les gens –ce qui est très important -, je dois me dépêcher, c’est la course. Je dois lire les textes de la messe du lendemain, car je n’ai aucun éclairage Je n’ai pas de lumière électrique (mon panneau solaire est toujours détraqué). Quand la nuit est tombée, je n’ai plus la possibilité de lire. Tout est fonction du jour.

Quand il fait noir, il y a des choses qui reviennent, une phrase qui m’a frappé ; je la rumine intérieurement. Je la laisse grandir en moi. Donc cette rumination commence déjà la veille. Je crois beaucoup à la rumination de la prière sur des textes, tels que ceux de Saint Paul, Saint Jean. Et puis il y a aussi le livre de la vie ; je pense à tout cela.

Le matin, même si je me lève à 4 h ½ et que le jour n’est pas là, je peux méditer. Après l’oraison, je me force à écrire quelques notes. Je griffonne quand j’ai eu des pensées qui me sont venues sur une parole de l’Ancien Testament, de l’Évangile, ou encore une idée sur ma vie au quotidien, sur les Africains.

Le dimanche, je reprends toutes ces méditations que j’ai faites pendant la semaine. Je les remets au propre sur un cahier. Ensuite, dès qu’il fait jour, je célèbre l’Eucharistie. Les gens me voient prier. Je n’ai pas à sonner la cloche. Ils savent que je suis en train de prier dans ma case. Ils me voient célébrer l’Eucharistie. C’est le témoignage de quelqu’un qui prie.

Dans les situations conflictuelles, les contradictions, notre planche de salut, c’est la prière.

Il faut retourner sans cesse à la prière. Il faut sans cesse remettre le fer au feu. Il me faut demander la conversion. Le corps meurt sans oxygène. On a besoin de prier comme on a besoin de respirer. C’est la prière qui fait aller à l’essentiel, qui remet les choses à leur place et qui fait continuer le chemin. On vit avec Jésus, c’est tout. Avec lui, on ne peut pas se perdre.