L'oraison, prière intérieure

 

 

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DEMEURER EN SA PRÉSENCE

Extraits de : Louis Sankalé : "demeurer en sa présence" (le Sarment, Fayard)
Le Père Sankalé est évêque de Nice.

L'oraison me tourne vers Dieu qui est amour. Je réponds à son appel en mettant en œuvre les possibilités qu'il me donne de le rejoindre pour demeurer dans son amour. Mon élan vers lui n'est possible que parce que c'est lui-même qui le suscite. Il nous as aimés le premier (1Jn 4, 19) Aller à sa rencontre, c'est déjà me laisser saisir par lui.

Durée définie, moment quotidien fixé à l'avance, l'Oraison se découvrira à nous dans la mesure où nous serons fidèles à cette halte de prière quotidienne. Ne pensons pas que si nos journées avaient 25 heures, il nous serait plus facile de faire oraison chaque jour ! Il nous faudrait interrompre nos activités afin de brûler du temps pour Dieu. Cela ne se fait pas tout seul, et d'une certaine manière, c'est toujours à refaire.

Faire oraison ne signifie donc pas seulement donner à Dieu un moment creux de ma journée, mais réserver ce moment, c'est à dire apprendre à renoncer à quelque chose de bon pour quelque chose de meilleur. L'oraison quotidienne me permet d'affirmer, non seulement en paroles, mais en actes, que Dieu seul est Dieu, et qu'il occupe dans ma vie la place qui n'appartient qu'à lui.

Prévoyons cette halte la veille. Sinon, la journée passera et nous découvrirons le soir que nous n'avons pas eu le temps de prier. Ne confondons pas le travail, même accompli en Dieu, et l'oraison silencieuse... Mon travail deviendra prière si ma prière a effectivement commencé à être prière. Cela nécessite qu'un moment de ma journée soit consacré uniquement à faire oraison.

Le Seigneur ne nous demande pas des performances ; Dieu attend surtout de nous que nous soyons fidèles à lui offrir le temps que, pour le moment, nous avons décidé de consacrer chaque jour à l'oraison.

Je ferme les yeux et je sais. Sans avoir besoin d'y penser, je sais que Dieu est là, au plus secret de moi-même ; non point parce que je veux m'en convaincre, mais parce que Jésus me l'affirme : "si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole et mon Père l'aimera ; nous viendrons à lui et nous établirons chez lui notre demeure. Jn 14, 23" Pour un instant, j'oublie mes lectures, mes images et mes raisonnements. Je laisse toute la place à Dieu. Je ne suis plus en quête de belles idées. Dieu est là. Il compte plus que mes phrases. Je me tiens devant lui, dans le silence de mon âme, sans autre préoccupation que celle de demeurer là, en sa présence, pour lui seul.

L'oraison nous transforme pour faire comprendre la puissance transformante du contact de foi dans l'oraison, le père Marie-Eugène revenait souvent sur le récit de la guérison de la femme hémorroïsse.(Mc 5,25-34)

La foule se pressait autour du maître. Au milieu de cette bousculade, une femme parvient à approcher Jésus par derrière, en se disant :"si je touche ne serait-ce que la frange de son vêtement, je serai guérie". Elle le touche. Elle est guérie. Jésus s'arrête et demande "Qui m'a touché ? " Question étonnante, puisque tout le monde le presse de toutes parts. Pourtant, il insiste, pour bien montrer la différence entre le contact naturel et le contact de foi : "quelqu'un m'a touché ". La femme s'avance, et Jésus prononce le mot qui éclaire tout le récit : «  ta foi t'a sauvée, va en paix » Mc 5, 34 En disant : "J'ai senti qu'une force était sortie de moi," Jésus montre que la foi de cette femme a été capable, par elle-même, de puiser dans sa divinité la guérison que lui seul pouvait lui donner. Le contact de la foule n'atteint pas les sources profondes de sa Personne divine. La foi, elle, pénètre dans la divinité du verbe, elle en reçoit un accroissement de vie divine dont la guérison physique est le signe visible. Cette page de l'Évangile révèle le caractère transformant de l'oraison de foi.

Qu'exprime, en effet, l'immobilité silencieuse que j'offre à Dieu dans l'oraison ? Mon acte de foi.

Que fait Dieu lorsque je me tiens ainsi en sa présence ? Il accomplit pour moi ce qu'il fit pour la femme de l'Évangile : une force sort de lui et vient demeurer en moi, que je le sente ou non ; (Cliquer sur le dessin pour le lire)